Le premier souvenir qui vient à l'esprit de Mario Andretti à propos des 24 Heures du Mans est des plus singuliers : "Je connaissais déjà Le Mans à l'époque où je vivais en Italie. Lorsque l'accident des 24 Heures 1955 a eu lieu (plus de 80 spectateurs tués par l'explosion de la Mercedes de Pierre Levegh, ndla), j'étais dans le bateau qui emmenait ma famille aux Etats-Unis. Chaque jour, pendant la traversée, les gros titres de l'information en provenance du monde entier étaient affichés sur une sorte de tableau. C'est ainsi que j'ai été informé de cette catastrophe. J'avais quinze ans."
Italien naturalisé américain en 1964, Mario Andretti est durant les années 1960 l'un des jeunes pilotes les plus en vue outre-Atlantique, dans de nombreuses disciplines (courses sur terre battue, monoplaces, circuits ovales...). Puis il revient en Europe pour devenir en 1978 le deuxième Américain (et le dernier à ce jour) à remporter le titre de Champion du Monde de Formule 1.
Au fil du temps, le sport automobile sera aussi pour lui une affaire de famille, notamment aux 24 Heures du Mans. En 1983, il monte sur la troisième marche du podium avec son fils Michael, à l'époque âgé de vingt ans. Le père et le fils font équipe avec le Français Philippe Alliot sur une Porsche 956. "Je n'étais pas venu au Mans depuis 1967, mais la voiture était tellement bonne que je me suis tout de suite senti chez moi, se réjouit celui que tous ses supporters aux Etats-Unis appellent "Mario". La 956, et aussi la Porsche 962 C, sont sans aucun doute les meilleures voitures que j'aie conduites aux 24 Heures du Mans. Je me souviens aussi qu'à l'époque, la règlementation concernant la consommation de carburant aux 24 Heures était très stricte. Ainsi, en 1988, je faisais à nouveau équipe avec Michael, et mon neveu John nous avait rejoints. Pendant la nuit, à une heure du matin, notre voiture a perdu un cylindre."
Cette année-là, les trois Andretti sont pilotes d'usine Porsche, au volant d'un prototype 962 C. "L'ingénieur Norbert Singer, concepteur de la voiture, avait remarqué que nous avions parfaitement respecté le tableau de marche, alors que les deux autres 962 C d'usine avaient dû ralentir car elles avaient trop consommé. Michael, John et moi avons terminé sixièmes, et nous aurions certainement gagné si nous n'avions pas dû finir la course avec notre moteur fonctionnant sur cinq cylindres !"
En 1988, Jaguar s'impose dans la Sarthe, mettant un terme à une série de sept victoires consécutives de Porsche.
Lorsqu'il évoque ces souvenirs, on entend instantanément vibrer dans la voix de Mario Andretti, aujourd'hui âgé de 76 ans, la passion du sport automobile, restée intacte. C'est cette passion - et aussi cette obstination - qui le poussent, en 1995, à tenter une nouvelle fois sa chance aux 24 Heures du Mans. Il a alors 55 ans et passe très près de la victoire, terminant 2ème...
Mais, aujourd'hui encore, ne dites surtout pas à Mario Andretti qu'avec les Français Eric Helary et Bob Wollek, sur leur Courage-Porsche, ils n'ont pas gagné ! "Cette année-là, j'étais au volant du premier prototype classé (Mario et ses équipiers ont seulement été devancés par une GT, la McLaren F1 GTR de Yannick Dalmas-JJ Lehto-Masanori Sekiya, nda). C'est une victoire de catégorie, certes, mais je peux quand même dire que j'ai gagné quelque chose au Mans !"
Mario Andretti reviendra à trois reprises aux 24 Heures : en 1996, 1997 (une troisième fois avec son fils Michael, mais ils seront contraints à l'abandon) et enfin en 2000... à soixante ans !
Dix ans plus tard, c'est au tour de son petit-fils Marco de découvrir la Sarthe. Retenu aux Etats-Unis par des opérations de relations publiques sur le Grand Prix du Canada de Formule 1, Mario ne peut faire le déplacement, mais reste en liaison téléphonique quotidienne avec la France : "J'ai été très heureux que Marco ait la chance de participer aux 24 Heures. Je savais qu'il adorerait Le Mans, comme avant lui Michael et John."
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