Quel a été votre ressenti avec la voiture lors de vos premiers essais ?
« Le premier test au Castellet s’est incroyablement bien déroulé, même mieux que ce que nous pouvions espérer, pour être honnête. Nous avons pu beaucoup rouler dans de très bonnes conditions et, pour un premier roulage, je ne pense pas que nous aurions pu demander davantage. C’est donc extrêmement positif. Nous avons beaucoup appris lors de ce premier test, ce qui nous a permis d’apporter de nombreuses améliorations en vue du deuxième.
Nous sommes ensuite allés sur le circuit de Portimão, qui s’est révélé beaucoup plus exigeant, mais nous avons vraiment commencé à mieux comprendre les domaines sur lesquels nous devons nous concentrer, notamment les systèmes et les logiciels liés à l’hybridation. »
Quel est, jusqu’à présent, le détail de cette Hypercar que vous appréciez le plus, que ce soit sur le plan du pilotage ou de sa conception ?
« J’apprécie clairement les lignes de la voiture. Elle est très agressive et l’association avec le son du V8 est phénoménale. J’apprécie vraiment cet aspect.
Pour le comportement de la voiture, évidemment nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et nous sommes toujours en phase d’apprentissage. C’est donc encore très tôt, mais pour l’instant les sensations sont excellentes. La voiture est facile à piloter et c’est un point extrêmement positif. La manière dont la puissance est délivrée sur une Hypercar à propulsion arrière nous aide énormément à gérer la dégradation des pneumatiques. C’est essentiel dans l’optique de notre engagement en compétition la saison prochaine. »
Vous avez désormais entamé le programme de développement de cette Hypercar. Quelles sont les principales étapes qui vous attendent avant de la voir en compétition ?
« Il reste évidemment beaucoup de choses à apprendre sur la voiture avant le début de la saison prochaine, et nous avons encore énormément de tests et de développement à mener. Les systèmes et tout ce qui les entoure vont toutefois demander beaucoup de temps. Il faudra probablement attendre la fin de l’année prochaine avant de les comprendre pleinement et d’atteindre un niveau de maîtrise qui nous donnera entière satisfaction.
D’après mon expérience sur mes précédents programmes, c’est clairement le domaine qui demande le plus de temps pour parvenir à un niveau de confiance optimal et pouvoir compter sur la voiture en toutes circonstances. C’est donc sur cet aspect que portera une grande partie du développement pour être prêts à courir l’année prochaine. »
Dans quelle mesure votre précédente expérience au volant d’une LMDh vous aide-t-elle à développer la voiture ?
« Le fait d’avoir déjà l’expérience d’une voiture basée sur une plateforme LMDh est, je pense, une aide précieuse à ce stade du développement. Je suis impliqué dans le programme depuis le tout début, notamment lors de la phase de simulation, qui a débuté en février dernier.
Ces voitures sont évidemment très complexes, notamment en ce qui concerne les systèmes, les logiciels, le freinage et tout ce qui est lié à l’hybridation. Tout ce que je peux apporter de mon expérience sur mes précédents programmes, comme Nick Yelloly et Tom Blomqvist peuvent également le faire, pour accélérer le processus est donc extrêmement bénéfique, particulièrement à ce stade.
Cela fait maintenant plusieurs années que la réglementation Hypercar est en vigueur et nous avons aujourd’hui beaucoup plus de recul sur les différents composants de contrôle de la voiture, le système hybride, la batterie, etc. Toute l’expérience que nous pouvons mettre à profit pour accélérer le développement et gagner en performance est donc essentielle. »
En tant que pilote de développement, quelle est la nature de vos échanges avec les ingénieurs et quelle place votre ressenti derrière le volant occupe-t-il dans leurs décisions ?
« Puisque je suis impliqué dans ce programme depuis très longtemps, je pense que les pilotes ont une influence considérable sur le développement, particulièrement à ce stade très précoce.
Nous avons évidemment de nombreux capteurs installés sur la voiture, et même davantage que ce que nous pourrons utiliser en course. Mais le pilote constitue lui aussi un véritable « capteur », notamment grâce à son expérience de différentes voitures, et son ressenti est extrêmement important.
Les données permettent aux ingénieurs de comprendre ce qui se passe, mais les sensations ressenties au volant peuvent parfois être très différentes de ce qu’elles montrent. Il est donc essentiel d’être aussi précis et constructifs que possible et de donner la bonne direction dès le début, afin de ne pas perdre de temps par la suite. »

Au-delà de la performance pure, quelles qualités recherchez-vous chez un coéquipier pour réussir aux 24 Heures du Mans ?
« Pour moi, la qualité la plus importante aux 24 Heures du Mans, c’est la régularité. Il faut aussi savoir éviter les erreurs, être sur la même longueur d’onde et, surtout, avoir une véritable compréhension mutuelle avec ses équipiers. C’est essentiel en endurance.
Il faut également être capable de se pousser mutuellement vers le haut, tout en sachant se retenir lorsque c’est nécessaire. C’est là que le fait d’avoir d’excellents équipiers à ses côtés devient l’un des atouts les plus précieux en endurance. »
Max Verstappen semble s’intéresser à l’endurance. Pourrait-il vous rejoindre ?
« Avoir un pilote de son calibre dans la voiture serait vraiment très intéressant. Je suis certain qu’il serait extrêmement rapide, mais il faudra attendre et voir ce qui se passera. »
Lorsque vous vous projetez en juin 2027 et que vous imaginez votre retour aux 24 Heures du Mans au volant de cette Ford, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
« Revenir aux 24 Heures du Mans sera évidemment très important pour moi. C’est le sommet de l’endurance mondiale. Mon absence en 2026 a été assez difficile à vivre, mais l’annonce de mon arrivée dans le programme Ford et du retour de la marque en Hypercar a été extrêmement excitante.
L’année prochaine, je piloterai donc pour la première fois une Ford au Mans et j’ai vraiment hâte d’y être. Ce sera un immense test et un énorme défi. C’est évidemment pour cela que nous travaillons : notre objectif, avec ce retour, est d’essayer de décrocher la victoire au classement général.
La première année sera forcément difficile, mais nous allons tout donner d’ici là pour obtenir le meilleur résultat possible pour Ford. »
Les fans rêvent déjà d’un duel Ford-Ferrari comme ce fut le cas par le passé aux 24 Heures du Mans. Que pouvez-vous leur dire à ce sujet ?
« Beaucoup de choses ont changé depuis l’épopée des années 1960. Malgré ça, j’espère que nous pourrons à nouveau réécrire l’histoire et faire quelque chose de similaire avec cette Hypercar, en ramenant Ford au sommet du classement général des 24 Heures du Mans. »
À quel point êtes-vous enthousiaste à l’idée de participer à la prochaine saison du FIA WEC avec Ford ?
« Pour moi, c’est une sorte de nouveau départ. Pendant dix ans, j’ai porté les couleurs d’un autre constructeur. Avoir l’opportunité de vivre quelque chose de nouveau et de différent, avec de nouvelles personnes et de nouvelles expériences, me plaît énormément.
J’ai vraiment hâte que la saison prochaine commence. Ce sera évidemment un gros défi. Je sais à quel point les débuts d’un tel projet peuvent être difficiles et tout ce qu’il reste à apprendre. Mais jusqu’à présent, j’ai vraiment apprécié de travailler avec les nouvelles personnes impliquées dans le programme et j’ai maintenant hâte de passer à la compétition.
Nous en sommes encore loin, mais passer des essais à la course est une tout autre histoire et demande une approche différente. J’ai donc hâte de découvrir cette nouvelle étape lorsque nous commencerons réellement à courir. »

- 24 Heures du Mans
- Interview
- Matt Campbell









