1991-2021 : trente ans d’histoires japonaises aux 24 Heures du Mans (2/2)
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1991-2021 : trente ans d’histoires japonaises aux 24 Heures du Mans (2/2)

Trente ans après Mazda, premier constructeur nippon vainqueur, Toyota a signé en 2021 sa quatrième victoire consécutive. Ces trois dernières décennies ont également vu quatre pilotes japonais s’imposer dans la Sarthe, rythmant ainsi l’irrésistible montée en puissance du pays du Soleil Levant dans la légende des 24 Heures. En voici vingt histoires marquantes, avec pour ce deuxième et dernier chapitre la période 2011-2021, avec notamment les nombreux succès de Nissan en LMP2, ainsi que les records et l’apothéose de Toyota.

1991-2011 : Johnny Herbert, vingt ans pour un podium ! – Victime d’un malaise à sa descente de voiture après son passage sous le drapeau à damier en 1991, le pilote britannique n’avait pu fêter avec ses coéquipiers Bertrand Gachot et Volker Weidler leur unique victoire au général, qui était également la première d’un constructeur nippon dans la Sarthe. Qu’à cela ne tienne : en 2011, le samedi matin précédant la course, il se voit offrir sa propre cérémonie du podium, après avoir effectué quelques tours de démonstration au volant de la Mazda 787 B pour le vingtième anniversaire de sa victoire.

2011 : Mazda, Patrick Dempsey et le trésor national - Deux ans après sa première participation aux 24 Heures, et sept ans avant sa victoire en tant que copropriétaire d’écurie en catégorie LMGTE Am, le pilote comédien Patrick Dempsey était au Mans en 2011 en tant qu’ambassadeur de Mazda pour la célébration du vingtième anniversaire de la victoire mancelle de la marque japonaise. Et, à l’instar de Johnny Herbert, effectue à ce titre quelques tours au volant de la 787 B victorieuse en 1991… non sans quelque appréhension : « j’ai été très prudent, car cette voiture est un véritable trésor national au Japon ! »

 

2011-2017 : Yojiro Terada et Kamui Kobayashi, les recordmen japonais – Parmi les anciens pilotes présents au Mans en 2011 pour la célébration du vingtième anniversaire de la victoire de Mazda, Yojiro Terada occupe un statut particulier. Pilote japonais le plus assidu dans la Sarthe, il figure en troisième position au nombre de participations avec 29 départs, seulement devancé par les Français Henri Pescarolo (33) et Bob Wollek (30). Il entre pour la première fois dans le top 10 en 1991, avec une huitième place partagée sur Mazda avec Pierre Dieudonné et Takashi Yorino. Il signe son meilleur résultat en 1995, terminant septième sur Kudzu-Mazda, associé à Franck Fréon et Jim Downing. Depuis son arrivée chez Toyota en 2016, sa pointe de vitesse a rapidement fait entrer son compatriote Kamui Kobayashi dans le livre des records des 24 Heures du Mans, avec le tour le plus rapide de leur histoire lors des qualifications 2017. En 3’14’’791 (251,8 km/h de moyenne), il efface la marque précédente d’Hans-Joachim Stuck sur Porsche 962 C en 1985 (3’14’’88).

2011-2016 : Nissan règne sur la catégorie LMP2 – Après avoir été en 1990 le premier constructeur japonais à signer la pole position des 24 Heures du Mans grâce au Britannique Mark Blundell, Nissan a fait un retour gagnant en catégorie LMP2 il y a dix ans, à l’initiative de l’écurie Greaves Motorsport. Avant l’introduction du moteur unique Gibson en 2017, Nissan est le motoriste de référence en LMP2, avec cinq victoires aux 24 Heures signées par cinq équipes différentes : Greaves Motorsport (2011), OAK Racing (2013), JOTA (2014), KCMG (2015) et Signatech Alpine (2016).

2012 : La Nissan DeltaWing au premier rendez-vous du 56e Stand - Pensée à l’origine en 2009 comme une monoplace destinée au championnat IndyCar, la DeltaWing devient finalement en 2012 la première allocataire du 56e Stand des 24 Heures du Mans, dédié à un prototype innovant courant hors classement. Sa conception réunit Don Panoz, constructeur et créateur de l’American Le Mans Series, Dan Gurney, vainqueur des 24 Heures 1967 et Nissan, autour d’un projet prônant une réduction drastique de la trainée aérodynamique (résistance à l’air quand la voiture est en mouvement), du poids et de la puissance. Vingt-neuvième sur la grille de départ aux mains de Marino Franchitti, Michael Krumm et Satoshi Motoyama, la Nissan DeltaWing est contrainte à l’abandon sur accrochage le samedi soir.

2014 : Kazuki Nakajima, un pionner japonais - En 2014, il est le premier pilote nippon à décrocher la pole position des 24 Heures du Mans (3’21’’749, 243 km/h de moyenne), performance qu’il renouvelle en 2018, puis en 2019 à remporter un titre de Champion du monde labellisé FIA. Il est également le seul Japonais multiple vainqueur des 24 Heures, grâce à ses trois victoires consécutives (voir par ailleurs). A noter également que, depuis 2017, deux Japonais se sont partagés la pole position des 24 Heures : Kazuki Nakajima et Kamui Kobayashi.

2020 : Kamui Kobayashi, premier roi de l’Hyperpole – En 2017, son record du circuit lui avait logiquement valu la pole position, performance qu’il réédite en 2019. En 2020 puis 2021, Kamui Kobayashi est pour l’instant invaincu en catégorie reine (LMP1 puis Hypercar) dans le nouveau format de l’Hyperpole, qui réunit en piste les six voitures les plus rapides de chaque catégorie à l’issue des qualifications. S’il poursuit sur cette lancée en 2022, il pourrait devenir égaler Jacky Ickx et son record de cinq pole positions, tout en devenant le premier pilote à s’élancer quatre fois de suite au sommet de la grille de départ.

1991-2021 : Mazda et Toyota, deux originalités technologiques - En 1991, Mazda a signé la seule victoire d’un moteur rotatif (avec une sonorité stridente très caractéristique) aux 24 Heures du Mans. S’il n’a pas été le premier constructeur vainqueur avec la technologie hybride (cet honneur est revenu à Audi en 2012), Toyota avait à cœur de triompher au Mans au fil de ces dix dernières années, en tant que leader mondial de l’hybride sur route.

1991-2021 : Toyota, la route de la victoire - De 1991 à 2021, quatorze podiums ont rythmé le parcours de Toyota aux 24 Heures du Mans. Ses quatre victoires consécutives de 2018 à 2021 ont été l’œuvre de sept pilotes différents : Sébastien Buemi et Kazuki Nakajima (2018-2019-2020), Fernando Alonso (2018-2019), Brendon Hartley (2020), Mike Conway, Kamui Kobayashi et Jose Maria Lopez (2021). En 2021, Toyota est en outre devenu le premier constructeur vainqueur dans la nouvelle catégorie reine Hypercar, avec la GR010 Hybrid de Conway/Kobayashi/Lopez. La marque japonaise rejoint en 2021 Alfa Romeo et Ford en tant que constructeur quadruple vainqueur dans la Sarthe.

2021 : Toyota TS050 HYBRID, de la piste au musée - Parallèlement à l’exposition Toyota le temps de la victoire jusqu’au 20 février 2022, le Musée des 24 Heures a également accueilli dans sa collection permanente la TS050 HYBRID de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Kazuki Nakajima, dernier prototype LMP1 victorieux dans la Sarthe. « Grâce aux 24 Heures du Mans, Toyota a changé l’image de la technologie hybride, celle-ci est aujourd’hui performante tout en étant partie intégrante du plaisir de conduite », a indiqué Murata Hisatake, Président de Toyota Motorsport GmbH le 17 août dernier, lors de la cérémonie d’intronisation de la voiture au Musée des 24 Heures.

PHOTOS (D.R. / ARCHIVES ACO, DOMINIQUE BREUGNOT, ANTONIN VINCENT, LOUIS MONNIER/ACO) : LE MANS (SARTHE, FRANCE), CIRCUIT DES 24 HEURES, 24 HEURES DU MANS – De haut en bas : la Toyota GR010 HYBRID de Conway/Kobayashi/Lopez, première lauréate de l’ère Hypercar aux 24 Heures du Mans ; la « séance de rattrapage » du podium de Johnny Herbert en 2011 ; Patrick Dempsey (casque en main, avec Johnny Herbert à sa droite) se prépare à prendre le volant de la Mazda 787 B en 2011 ; la Kudzu-Mazda (n°5) au volant de laquelle Yojiro Terada a signé son meilleur résultat au Mans en 1995 ; la Zytek de Greaves Motorsport (n°41) et l’Alpine A460 (n°36) ont signé la première et la dernière victoire de Nissan en catégorie LMP2, respectivement en 2011 et 2016 ; Marino Franchitti au volant de la Nissan-DeltaWing (n°0) en 2012 ; Kazuki Nakajima et Kamui Kobayashi se sont partagé la pole position des 24 Heures du Mans depuis 2017 ; en 2011 la Mazda 787 B (n°55) retrouve Le Mans vingt ans après sa victoire ; la première victoire sarthoise de Toyota en 2018, avec la TS050 HYBRID (n°8) de Fernando Alonso (poing levé), Sébastien Buemi (drapeau à damier en main) et Kazuki Nakajima (au volant) ; Murata Hisatake remet symboliquement à Pierre Fillon le volant de la Toyota victorieuse en 2020 aux mains de Buemi, Nakajima et Brendon Hartley, qui a rejoint la collection du Musée des 24 Heures.