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Ferrari aux 24 Heures du Mans 1960-1965 (6/6) – 250, le nombre d’or du Cheval Cabré

Il y a soixante ans, Ferrari remportait le premier de ses six succès consécutifs aux 24 Heures du Mans, de 1960 à 1965. Un cycle dominateur encore jamais vu dans la Sarthe qui, s’ajoutant aux victoires déjà conquises en 1949, 54 et 58, allait permettre au constructeur italien de dépasser Bentley et Jaguar, à l’époque codétenteurs du record de victoires aux 24 Heures avec cinq succès chacun. Ce sixième et dernier chapitre dresse la généalogie sarthoise de celles qui sont sans doute les Ferrari les plus mythiques : la génération des modèles 250.

La série de six victoires consécutives de Ferrari aux 24 Heures du Mans a coïncidé avec l’apogée, sur piste comme sur route, des différentes déclinaisons de la 250, dont les premières versions remontent à 1952. Vingt-six variations de la Ferrari 250 ont été classées aux 24 Heures du Mans de 1960 à 1965, et cinq des neuf victoires sarthoises du cheval cabré ont été signées d’un modèle portant ce matricule. Aujourd’hui légendaire dans la saga Ferrari, celui-ci désignait à l’origine le volume unitaire de son moteur, soit 250 cm3 pour chacun de ses douze cylindres, disposés en V.

250 TR, deux patronymes, deux mythes – Apparue en 1957, cette Ferrari est également connue sous le surnom de Testa Rossa, qui correspond aux initiales TR de son patronyme. Cette mention (traduction littérale : « tête rouge ») fait référence à la couleur des couvre-culasses du moteur, immédiatement repérables une fois le capot ouvert. Olivier Gendebien remporte à son volant trois de ses quatre victoires aux 24 Heures du Mans, en 1958 et 61 avec Phil Hill, et en 1960 avec Paul Frère. Le label Testa Rossa est également attribué en 1962 à la 330 de Gendebien-Hill, dernier prototype à moteur avant victorieux aux 24 Heures du Mans.

250 GT SWB, la perfection – En 1959, cette version marque l’apothéose de la 250 GT routière. Afin d’optimiser sa maniabilité, son empattement (espace entre les essieux avant et arrière) est réduit de 20 cm, passant de 2,60 m à 2,40 m. Ce qui lui vaut la dénomination SWB (pour « short wheelbase » en anglais, soit empattement court), toutefois non reconnue officiellement par Ferrari. Cette 250 GT SWB est disponible en carrosserie acier (pour usage routier) et aluminium (pour la compétition). En 1960 et 61, six 250 GT SWB terminent dans le top 10 des 24 Heures, avec en point d’orgue la troisième place de Jean Guichet et Pierre Noblet en 1961. Cette année-là, une 250 très spéciale est au départ des 24 Heures. Surnommée « Sperimentale » (expérimentale) par les journalistes italiens, elle est peinte en bleu de France pour saluer l’intronisation en tant que pilote d’usine du Sarthois Fernand Tavano, associé à Giancarlo Baghetti. Contrainte à l’abandon, cette 250 préfigure l’une des Ferrari les plus mythiques, apparue l’année suivante.

250 GTO, la légende – Le 24 février 1962, lors de la présentation annuelle des Ferrari de compétition dans la cour de l’usine de Maranello, la presse découvre la 250 GTO (pour « Gran Turismo Omologato »). Par rapport à la 250 GT, son aérodynamique est optimisée par un avant plongeant et un moteur V12 reculé, et par un arrière tronqué surmonté d’un becquet. En 1962, celle qui va passer à la postérité sous le simple nom de GTO termine d’emblée ses premières 24 Heures aux deuxième (Jean Guichet-Pierre Noblet) et troisième (Jean Blaton-Léon Dernier) places. L’année suivante, deux GTO belges sont dans le top 5, avec Jean Blaton-Gérald Langlois von Ophem (2e) et Léon Dernier-Pierre Dumay (5e). En 1964, la GTO est à nouveau à la pointe du top 10, grâce à Lucien Bianchi-Jean Blaton (5e), Innes Ireland-Tony Maggs (6e) et Fernand Tavano-Bob Grossman (9e). Cette moisson exceptionnelle est parachevée par trois sacres consécutifs en Championnat du Monde des Marques de 1962 à 1964. Son palmarès et sa rareté (une petite trentaine d’exemplaires construits) valent à la GTO une cote hors norme sur le marché des voitures de collection, et les heureux propriétaires forment l’élite des passionnés de Ferrari.

250 P, une exception italienne – En 1963, l’unique participation de la Ferrari 250 P aux 24 Heures du Mans s’achève sur une victoire (Lorenzo Bandini-Ludovico Scarfiotti) et une troisième place (Umberto Maglioli-Mike Parkes). Un troisième exemplaire est au départ, mais ses pilotes John Surtees et Willy Mairesse sont contraints à l’abandon sur incendie à la 19e heure, après 252 tours en tête. La 250 P marque aussi une date clé dans l’histoire des 24 Heures, en tant que première voiture à moteur arrière victorieuse dans la Sarthe. Lorenzo Bandini et Ludovico Scarfiotti constituent quant à eux le seul équipage 100 % italien vainqueur au Mans au volant d’une Ferrari.

250 LM, la dernière victoire – Présentée au Salon de Paris en 1963, la 250 LM est d’abord engagée au Mans en 1964 en deux exemplaires, dont un seul rallie l’arrivée (16e) aux mains de Pierre Dumay et Gérald Langlois von Ophem. Elle connaît son heure de gloire l’année suivante. Après l’abandon des prototypes 330 P2 et 275 P2 d’usine, un duel entre équipes partenaires de Ferrari oppose le North American Racing Team (NART) à l’Ecurie Francorchamps, qui terminent dans cet ordre aux deux premières places avec Masten Gregory-Jochen Rindt (vainqueurs) et Pierre Dumay-Gustave Gosselin (deuxièmes). Ce doublé est complété par une autre écurie partenaire, la formation suisse Scuderia Filipinetti, sixième grâce à Dieter Spoerry-Andreas Boller. On reverra encore la 250 LM au Mans en 1966, 68 et 69.

PHOTOS : LE MANS (SARTHE, FRANCE), CIRCUIT DES 24 HEURES, 24 HEURES DU MANS - De haut en bas : la 250 TR du duo belge Olivier Gendebien-Paul Frère, vainqueur en 1960 (n°11) ; deux variations pilotées aux 24 Heures par le Sarthois Fernand Tavano : la 250 GT SWB en 1960 (n°16) et la 250 dite Sperimentale en 1961 (n°12) ; le millésime 1964 de la mythique 250 GTO (n°25) : ici à l'image, celle de l'écurie britannique Maranello Concessionaires, sixième aux mains de Innes Ireland-Tony Maggs.