Interview saga Jacky Ickx (2) - 1969, la victoire en... marchant
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Interview saga Jacky Ickx (2) - 1969, la victoire en... marchant

Entre les WEC 6 Heures de Spa-Francorchamps et les 24 Heures du Mans, la Belgique et la France, les Ardennes et la Sarthe, voici une grande interview portrait de Jacky Ickx. Pour ce deuxième épisode, le sextuple vainqueur du double tour d'horloge sarthois revient sur sa première victoire à l'issue de l'édition 1969, théâtre du premier de ses (nombreux) exploits sur le circuit des 24 Heures.

Après sa première participation au sein de l'équipe Essex Wire en 1966, Jacky Ickx rejoint l'année suivante l'écurie de John Wyer, dont les Mirage arborent pour la première fois la légendaire livrée bleu ciel et orange de la compagnie pétrolière Gulf. Mais comme en 1966, le jeune Belge, associé cette fois à l'Australien Brian Muir, est contraint à l'abandon.

En 1968, les 24 Heures du Mans sont reportées aux 29 et 30 septembre, à la suite de l'agitation sociale et politique du mois de mai en France. Jacky Ickx est absent : le 22 septembre, à la veille du pesage de cette 36e édition, il est accidenté au Grand Prix du Canada. Jambe fracturée, il doit céder sa place au volant de la Ford GT40 n°9 au Mexicain Pedro Rodriguez... qui remporte la course en compagnie du Belge Lucien Bianchi.

Le début de ces 24 Heures 1968 est marqué par un accident dont on mesurera pleinement les conséquences l'année suivante. Après avoir couru vers sa Ford GT40, un autre pilote belge, Willy Mairesse, a démarré sans avoir bouclé son harnais de sécurité, avec une portière mal refermée, qui provoque une très violente sortie de route. Mairesse en réchappe après un long coma, mais sa carrière de pilote est terminée. Un an plus tard, le 2 septembre 1969, il met fin à ses jours.

Entre temps, le 14 juin 1969, Jacky Ickx a un geste de protestation qui va non seulement le faire entrer dans la légende, mais aussi changer à jamais le visage des 24 Heures du Mans. Au départ, il décide de rejoindre en marchant sa Ford GT40 Gulf. Il s'élance bon dernier, mais le Belge et son coéquipier britannique Jackie Oliver reviennent tambour battant sur la tête de course. Et dans le dernier tour, Jacky Ickx passe la Porsche de Hans Herrmann à Mulsanne. Sous le drapeau à damier, 120 mètres séparent la Ford GT40 n°6 victorieuse de la Porsche 908 n°64.

"Nous étions tous conscients que lorsque nous partions en week-end de course, nous pouvions ne pas rentrer chez nous le lundi"
Jacky ICKX

"A la fin des années 1960, le sport automobile n'avait pas le niveau de sécurité qui est le sien aujourd'hui, son quotidien était souvent constitué d'accidents graves ou mortels, se souvient Jacky Ickx. Ce qui fait la témérité de la jeunesse, c'est un instinct de conservation très limité. A vingt ans, on ne connaît rien de la vie et de sa brièveté, alors rien ne vous arrête. Pendant les années 1960, il y a eu tellement d'accidents que tout le monde en a été affecté directement. Ca n'a arrêté personne, mais nous étions tous conscients que, lorsque nous partions en week-end de course, nous pouvions ne pas rentrer chez nous le lundi. Le problème de ce magnifique départ en épi des 24 Heures, que Pierre Fillon a superbement réactualisé, c'est qu'il y avait un choix à faire. Quand on courait vers sa voiture et qu'on voulait partir parmi les premiers, il était hors de question d'attacher sa ceinture. Nous ne faisions pas partie des favoris (en 1969, Jacky Ickx et Jackie Oliver étaient quatorzièmes sur la grille de départ. Ndlr), et sur une épreuve de longue distance comme les 24 Heures, le départ n'a qu'une signification toute relative. Il était donc facile de partir dernier et de mettre sa ceinture tranquillement. Certes, nous sommes partis derniers et nous sommes arrivés premiers. Mais imaginez que nous soyons arrivés deuxièmes... on pourrait me dire aujourd'hui : "au lieu de faire le malin au départ, vous auriez pu vous dépêcher un peu plus et vous auriez gagné la course." Mais le plus important, c'est de faire les choses avec conviction. Et la raison a fait que le départ des 24 Heures du Mans a changé, pour le bien de tout le monde."

Avant l'entrée du vigueur en 1971 du départ lancé tel que nous le connaissons aujourd'hui, le départ en épi est donné une dernière fois en 1970, mais avec le pilote sanglé à bord. Il est immortalisé dans Le Mans, le film tourné cette année-là par l'équipe de Steve McQueen. Jacky Ickx est au départ, cette fois au volant d'une Ferrari. Son histoire avec le "commendatore" Enzo Ferrari fera l'objet du troisième épisode de cette saga.

 

Cliquez ci-dessous pour découvrir le premier chapitre de cette conversation au long cours :

Interview saga Jacky Ickx (1) - La route des 24 Heures 1966

 

Photo (Archives ACO) : La Mirage pilotée par Jacky Ickx et Brian Muir aux 24 Heures du Mans 1967.
Vidéo : Les dernières minutes des 24 Heures 1969, avec le duel final entre Jacky Ickx (Ford GT40 n°6) et Hans Herrmann (Porsche 908 n°64).