Pedro Rodriguez et Jo Siffert : destins croisés aux 24 Heures du Mans (2/2)
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Pedro Rodriguez et Jo Siffert : destins croisés aux 24 Heures du Mans (2/2)

Décédés à trois mois d’intervalle il y a cinquante ans, Pedro Rodriguez et Jo Siffert ont marqué, chacun à sa manière, l’histoire des 24 Heures du Mans des années 1960 et 1970. Ce deuxième épisode évoque leur deux dernières années, passées en endurance avec l’équipe Gulf et la mythique Porsche 917.

Raconter l’histoire commune de Pedro Rodriguez et Jo Siffert au volant de la Porsche 917, c’est évoquer l’un des sommets de l’endurance. C’est aussi la rencontre de deux pilotes d’exception avec « leur » voiture, celle qui les a fait entrer définitivement dans la légende du sport automobile.

Une fois les problèmes de stabilité récurrents de 1969 réglés par John Horsman, l’ingénieur de l’équipe Gulf, la Porsche 917 devient quasi invincible en 1970 et 71. Pedro Rodriguez et Jo Siffert sont certes compagnons d’écurie, mais leur patron John Wyer a l’intelligence de ne pas les réunir sur la même voiture. En 1970, Pedro Rodriguez et Jo Siffert sont donc respectivement associés au Finlandais Leo Kinnunen et au Britannique Brian Redman. Cette judicieuse décision va également offrir des moments d’anthologie en piste. Le plus célèbre est le départ sous la pluie des 1000 kilomètres de Spa en 1970, où le Mexicain et le Suisse attaquent le Raidillon portière contre portière. Sur les saisons 1970 et 71 du Championnat du Monde des Marques, ils cumulent onze victoires (huit pour Rodriguez et trois pour Siffert). Mais, paradoxe de cette domination, ni l’un ni l’autre ne remporteront les 24 Heures du Mans avec la 917.

Après s’être imposés dans trois des six premières manches du Championnat du Monde 1970, Pedro Rodriguez et Leo Kinnunen sont d’incontestables favoris des 24 Heures du Mans. Avant que Vic Elford ne signe la pole position, Rodriguez est d’ailleurs le premier à passer le cap des 240 km/h de moyenne au tour sur le circuit de la Sarthe. Il s’élance finalement depuis la cinquième position et s’installe rapidement à la troisième place, qu’il occupe toujours au moment de son abandon sur une rupture de bielle… après seulement 1 h 25 de course. Qualifié troisième, Jo Siffert entame rapidement un duel avec le poleman Vic Elford. Siffert et Redman s’installent en tête à la quatrième heure à la faveur de la pluie. Leur avance culmine dans la nuit à sept tours, lorsque Siffert effectue à mi-course un surrégime fatal à son moteur lors d’une tentative de dépassement sur des retardataires. Parallèlement, le Suisse, doué d’un sens aiguisé des affaires, devient l’un des partenaires privilégiés du film Le Mans de Steve McQueen, dont le tournage se poursuit après la course.

En 1971, l’équipe Gulf aligne au Mans la version profilée de la 917, dite LH pour « Langheck » (« longue queue » en allemand), en référence à sa partie arrière. Les Britanniques Jackie Oliver et Derek Bell sont les nouveaux coéquipiers respectifs de Pedro Rodriguez et Jo Siffert. En qualifications, Rodriguez démontre, s’il en était encore besoin, qu’il reste le maître incontesté de la 917 avec la première pole position dépassant les 250 km/h de moyenne, en 3’13’’9.

Rodriguez et Oliver restent au commandement pendant l’essentiel des onze premières heures de course, avant d’effectuer un changement de porte-moyeu. Repartie troisième, la 917 LH n°18 est contrainte à l’abandon à cinq heures du matin sur un problème de pression d’huile. La n°17 de Siffert/Bell pointe aussi en tête, notamment en deuxième heure, avant d’être victime d’une cascade de soucis. Un problème d’allumage puis de porte-moyeu la font chuter au classement. Remontée en sixième position, elle abandonne sur fuite d’huile à la 18e heure.

Après cette 39e édition des 24 Heures du Mans, Pedro Rodriguez remporte le 27 juin en Autriche sa dernière victoire sur la 917 en compagnie de Brian Redman, avant son accident fatal à Nuremberg deux semaines plus tard, le 11 juillet. Trois mois et demi plus tard, le 24 octobre, Jo Siffert décède à son tour lors de la Victory Race, une course hors championnat réunissant sur le circuit de Brands Hatch (Grande-Bretagne) monoplaces de Formule 1 et de Formule 5000.

Un demi-siècle après leur disparition, leur empreinte reste forte. La mémoire de sa terre natale suisse garde de Jo Siffert l’image d’un pilote dont le talent n’avait d’égales que la simplicité, la détermination et la droiture. Et au Mexique, le circuit qui a accueilli ces dernières années le Championnat du Monde d’Endurance et la Formule 1 porte le nom d’Autodromo Hermanos (« frères » en espagnol) Rodriguez, en souvenir de Pedro et Ricardo.

Le Musée des 24 Heures du Mans conserve également dans sa collection un joyau inestimable de cette histoire croisée : la Porsche 917 LH de Jo Siffert et Derek Bell aux  Heures du Mans 1971, qui a retrouvé en 2019 sa livrée originaelle bleu ciel et orange de la compagnie pétrolière Gulf.

PHOTOS : LE MANS (SARTHE, FRANCE), 24 HEURES DU MANS - En haut et ci-dessus (REMI BLOMME) : outre la collection permanente du Musée des 24 Heures, la Porsche 917 LH de Jo Siffert et Derek Bell a également été présentée l'an passé dans le cadre de l'exposition 917 1970 : Made for Le Mans. Au centre (D.R. / ARCHIVES ACO) : la 917 en version courte de Jo Siffert et Brian Redman aux 24 Heures 1970.