Six histoires de constructeurs indépendants américains  aux 24 Heures du Mans (2/2)
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Six histoires de constructeurs indépendants américains aux 24 Heures du Mans (2/2)

Alors que Glickenhaus Racing prépare sa première participation aux 24 Heures du Mans, rétrospective de six grandes personnalités américaines, constructeurs indépendants et propriétaires d’écurie, dont l’originalité a laissé une empreinte forte dans l’histoire des 24 Heures depuis 1949. Pour ce deuxième et dernier épisode, retour sur l’histoire mancelle de Roger Penske et Don Panoz, et de leur héritier spirituel de 2021 Jim Glickenhaus.

« Je suis fier que notre petite équipe basée aux Etats-Unis – avec l’aide de nos partenaires et amis internationaux – s’inscrive dans les pas de Jim Hall, Carroll Shelby et Briggs Cunningham. » Ainsi Jim Glickenhaus salue-t-il dans sa propre démarche l’esprit de ses prédécesseurs, auxquels on peut ajouter Jim Hall, et plus récemment Don Panoz et Roger Penske. Ces pionniers sont en outre autant de destins d’exception, qui se sont lancés dans l’aventure hors norme des 24 Heures du Mans.

Roger Penske, le « Captain » et le cheval cabré – D’abord pilote avant sa brillante réussite en tant que patron d’écurie et capitaine d’industrie, Roger Penske découvre les 24 Heures du Mans en 1963 sur Ferrari, associé au Mexicain Pedro Rodriguez. Ce dernier signe la pole position, mais le duo est contraint à l’abandon à la suite d’une sortie de route sans gravité de Penske, provoquée par la rupture d’une canalisation d’huile alors que leur Ferrari occupe la troisième place. Ce sera son unique apparition en tant que pilote, avant de retrouver la Sarthe en 1971, cette fois en tant que patron d’écurie. Cette année-là, aucune Ferrari d’usine n’est engagée. Mais parmi les neuf 512 au départ, celle de Roger Penske se distingue tout particulièrement. Après avoir obtenu une 512 (châssis n°1040) auprès de Kirk Frank White, concessionnaire Ferrari à Philadelphie, il entreprend de profondes modifications. Reconstruction de la carrosserie, arrière redessiné avec un aileron couvrant toute la largeur de la voiture… Le tout sous une magnifique livrée bleu nuit. Le moteur est optimisé par les bons soins des ateliers de Traco, préparateur attitré de Penske et spécialisé dans les V8 américains. Pour les 24 Heures 1971, cette 512 M est aux mains de l’Américain Mark Donohue, pilote ingénieur fétiche de Roger Penske, et du Britannique David Hobbs. La Ferrari n°11 effectue un début de course prometteur et grimpe jusqu’en deuxième position, à la poursuite de la Porsche 917 LH Gulf de Jackie Oliver/Pedro Rodriguez. Mais le samedi soir, peu après 20 heures et 73 tours couverts, elle est contrainte à l’abandon sur un problème moteur. Son chrono en qualifications (3’18’’5) est le plus rapide jamais signé par une Ferrari au Mans... Et Roger Penske ne repartira pas bredouille de la Sarthe, loin de là. Pendant cette semaine des 24 Heures, il conclut avec Porsche un partenariat pour faire courir la 917 dans le Challenge nord-américain CanAm. Au fil de ce dernier demi-siècle, son exceptionnelle réussite de patron d’écurie et d’entrepreneur fait de lui l’une des personnalités les plus puissantes et influentes du sport automobile, lui valant le surnom respectueux de « Captain ». En 2023, il aura peut-être rendez-vous avec l’histoire : s’il remportait cette année-là les 24 Heures, cette première victoire serait aussi la vingtième de Porsche dans la Sarthe, qui plus est dans le cadre de l’édition du centenaire.

Don Panoz, le refondateur – Fils d’un immigré italien boxeur (catégorie poids plume) originaire des Abruzzes, Don Panoz fait d’abord fortune dans l’industrie pharmaceutique grâce au brevet mondial du patch nicotine, dont il a dirigé le groupe de recherche. Les activités automobiles de son fils Dan, débutées en 1989 sous le nom de Panoz Auto Development, prennent leur envol après le rachat par Don Panoz du circuit américain de Road Atlanta en 1996, puis la fondation de Panoz Motorsports en 1997. En 1998, sur la base du règlement technique ACO de l’époque, Don Panoz crée l’American Le Mans Series. Ce championnat est l’une des pierres fondatrices du renouveau de l’endurance telle que nous la connaissons aujourd’hui. La silhouette singulière des prototypes Panoz, due à leur moteur avant, leur vaut le surnom de « Batmobiles », ainsi qu’une cote d’amour jamais démentie auprès du public. Ils s’installent régulièrement dans le top 10 des 24 Heures du Mans (7e en 1998 et 99, 5e en 2000 et 2003). En 2006, Panoz inscrit pour l’éternité son nom au palmarès du double tour d’horloge sarthois, avec une victoire de catégorie pour l’Esperante GTLM de l’équipe britannique Team LNT, aux mains de Richard Dean, Tom Kimber-Smith et Lawrence Tomlinson. Puis Don Panoz s’investit dans le projet DeltaWing, première allocataire en 2012 du 56e Stand des 24 Heures du Mans, destiné à un prototype innovant courant hors classement. Au fil de ce début de XXIe siècle, Don Panoz a ainsi largement contribué à restaurer le prestige de l’endurance outre-Atlantique, et par ricochet en Europe, avec la reconstruction de la pyramide actuelle de la discipline, de la Michelin Le Mans Cup au Championnat du Monde d’Endurance FIA, en passant par l’European Le Mans Series, l’Asian Le Mans Series et l’actuelle série américaine IMSA WeatherTech SportsCar Championship.

PHOTOS : LE MANS (SARTHE, FRANCE), 24 HEURES DU MANS. En haut : parmi les pilotes de la Panoz Esperante GTLM victorieuse de sa catégorie en 2006 figurait Richard Dean, actuel copropriétaire de l’écurie United Autosports, lauréate en LMP2 aux 24 Heures 2020. Ci-dessus : le prototype Panoz LMP-01 d’Olivier Beretta, Gunnar Jeannette et Max Papis, cinquième du général en 2003. (D.R. / ARCHIVES ACO).

Jim Glickenhaus, un héritage réinventé – Producteur et metteur en scène de cinéma, Jim Glickenhaus entretient depuis l’enfance une passion pour le sport automobile et tout spécialement celui des grandes années du duel Ferrari-Ford au Mans. Il salue d’abord cet héritage par la construction de la P4/5, en référence aux Ferrari 330 P4 de 1967. Et aujourd’hui, il se prépare à sa première course en Championnat du Monde d’Endurance FIA avant de disputer ses premières 24 Heures du Mans. « Je suis passé à la construction d’une voiture 100 % nouvelle lorsque je me suis rendu compte que faire courir une Ferrari modifiée est une histoire totalement différente par rapport au fait de concevoir et de construire sa propre voiture, indique Jim Glickenhaus. La catégorie reine des 24 Heures du Mans était mon rêve, comme celui de faire des voitures de route ou capables de disputer des Bajas (courses tout terrain dans les régions désertiques des Etats-Unis et du Mexique, ndlr). La nouvelle catégorie Hypercar était une chance unique de poursuivre ce rêve. Alors, j’ai fait de mon mieux pour réunir les meilleurs ingénieurs, motoristes et équipes d’exploitation, pour arriver en Championnat du Monde avec une voiture construite de zéro, mais qui porte en elle l’ADN des voitures des 24 Heures du Mans. » Et le casting réuni par Jim Glickenhaus a fière allure : Joest Racing (quinze victoires aux 24 Heures) pour l’exploitation, Sauber (l’une des meilleures souffleries au monde) pour l’étude aérodynamique, Pipo Moteurs (préparateur de haute réputation sur circuit comme en rallye) pour le propulseur… Le palmarès des pilotes est tout aussi évocateur : Romain Dumas, double vainqueur des 24 Heures ; Gustavo Menezes, vainqueur LMP2 dans la Sarthe en 2016 ; Pipo Derani, vainqueur des 12 Heures de Sebring et des 24 Heures de Daytona ; Ryan Briscoe, Olivier Pla et Richard Westbrook, pilotes d’expérience polyvalents aussi à l’aise en prototypes qu’en GT ; Franck Mailleux, ancien animateur de la catégorie LMP2 et complice de longue date des aventures automobiles de Jim Glickenhaus. En se donnant les moyens de ses ambitions, ce dernier sera-t-il le Jim Hall, le Carroll Shelby, le Briggs Cunnigham ou le Don Panoz des années 2020 ? Les premières courses de sa 007 LMH apporteront les premières réponses.

PHOTO CI-DESSUS : L’Hypercar 007 LMH de Jim Glickenhaus puise notamment l’inspiration de ses lignes dans les prototypes des 24 Heures du Mans des années 1960 (D.R. / GLICKENHAUS RACING).