24 Heures du Mans 1967 (1)  - Ford et Ferrari, le duel ultime
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24 Heures du Mans 1967 (1) - Ford et Ferrari, le duel ultime

Les 24 Heures du Mans 1967 ont marqué l'apogée du duel Ford-Ferrari, amorcé en 1964. A l'issue d'une course de légende, les deux constructeurs ont fait honneur à leur rang. Et un demi-siècle plus tard, cette édition fait encore référence auprès des historiens du sport automobile et des passionnés du monde entier.

Un parfum de revanche plane sur la 35e édition des 24 Heures du Mans... Après le refus par Ferrari de son offre de rachat de 1963, Henry Ford II n'a eu de cesse de battre le cheval cabré. Mission accomplie en 1966, avec la manière : Ford signe un triplé, alors qu'aucun prototype Ferrari n'est à l'arrivée.

En 1967, il s'agit donc pour le constructeur italien de retrouver la plus haute marche du podium, et pour la marque de Detroit de confirmer un succès qui a mis fin à six éditions d'invincibilité de Ferrari. Les 24 Heures seront à la hauteur de ces enjeux titanesques, et attirent une affluence record, estimée à plus de 300 000 spectateurs. Dans la mémoire collective des passionnés de sport mécaniques, elle sera même baptisée "course du siècle".

Le duel s'annonce d'autant plus incertain que la nouvelle version de la Ford GT40, dite Mk IV, et la Ferrari P4 courent l'une contre l'autre pour la première fois. Ford fait parler la poudre dès les qualifications, avec une pole position record de Bruce McLaren (3'24''4, à 237 km/h de moyenne)... mais chez Ferrari, on compte sur son expérience et on ne se laisse pas impressionner.

Cette attitude prudente se confirme en début de course. A l'issue des premiers ravitaillements, la Ford Mk IV n°1 de Dan Gurney et AJ Foyt pointe pour la première fois en tête et imprime à la course un rythme soutenu qui, pense-t-on alors chez Ferrari, sera forcément fatal à la mécanique américaine.

La nuit semble donner raison à Ferrari, lorsqu'une collision au Tertre Rouge élimine les Ford de Bianchi-Andretti, Ruby-Hulme et McCluskey-Gardner. La Ferrari P4 de Ludovico Scarfiotti-Michael Parkes grimpe alors en deuxième position. A cet instant, Gurney et Foyt ont trois Ferrari à leur poursuite. Mais lorsque Franco Lini, le directeur sportif du cheval cabré, donne à Scarfiotti-Parkes la consigne tant attendue d'attaquer, il est déjà trop tard. A ce moment, les deux Américains comptent cinq tours d'avance sur le duo italo-britannique.

Sans jamais avoir poussé leur voiture dans ses derniers retranchements malgré un rythme soutenu, Dan Gurney et AJ Foyt offrent à Ford non seulement sa deuxième victoire consécutive après celle du duo néo-zélandais Amon-McLaren, mais aussi un nouveau record de la distance, qui dépasse pour la première fois les 5 000 km parcourus. Chez Ferrari, l'honneur est sauf, avec les deux autres marches du podium pour Scarfiotti-Parkes et le duo belge Mairesse-Beurlys. A la quatrième place, on trouve l'autre Ford Mk IV rescapée, pilotée par Mark Donohue et Bruce McLaren.

Henry Ford est comblé, avec la victoire de deux pilotes américains, qui étaient déjà des légendes vivantes outre-Atlantique... et Dan Gurney inaugure pour la circonstance la tradition de la douche au champagne sur le podium, aujourd'hui incontournable sur les circuits du monde entier !

Photo : Le bossage sur le toit au-dessus du poste de conduite de la Ford Mk IV victorieuse était dû à la très grande taille de taille de Dan Gurney, alors que son coéquipier AJ Foyt devait piloter bras tendus... A cette époque, les sièges baquets aux formes des pilotes n'étaient pas encore monnaie courante.