24 Heures du Mans – Dix histoires de dames
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24 Heures du Mans – Dix histoires de dames

Le week-end des 6 Heures de Monza (8-10 juillet), quatrième manche du Championnat du monde d’endurance FIA 2022, restera une date majeure dans l’histoire de l’endurance, avec une double première au féminin dans les catégories LMGTE. Pour saluer cette belle réussite, retour sur dix histoires au féminin des 24 Heures du Mans.

En catégorie LMGTE Am, Sarah Bovy (interview à lire ICI), Rahel Frey et Michelle Gatting ont signé à Monza à la fois la première pole position et le premier podium (3e) d’un équipage féminin dans le cadre du Championnat du monde. Dans le même ordre d’idée, la victoire de Corvette Racing en catégorie LMGTE Pro est la première en Championnat du monde pour l’équipe américaine et aussi pour sa responsable Laura Wontrop Klauser, qui a succédé en 2021 à Doug Fehan à la tête de Corvette Racing (interview à lire ICI).

Ce double résultat est une nouvelle grande étape de la montée en puissance des femmes dans la pyramide de l’endurance, après que Sophia Floersch ait signé le meilleur résultat d’une pilote en European Le Mans Series, avec une deuxième place lors de la manche d’ouverture 2022 au Castellet en avril dernier. De quoi augurer de belles promesses en vue du centenaire des 24 Heures en 2023, et ajouter de nouvelles histoires au patrimoine déjà riche des 24 Heures au féminin…

Anny-Charlotte Verney, le record

Noblesse oblige, c’est une mancelle qui détient le record de participations au féminin des 24 Heures du Mans. En dix départs consécutifs de 1974 à 1983, Anny-Charlotte Verney reçoit le drapeau à damier à huit reprises, avec comme meilleur résultat une sixième place en 1981, partagée avec les Américains Bob Garretson et Ralph Kent-Cooke. Ce palmarès éloquent s’est construit sur différentes évolutions de la Porsche 911 (Carrera RSR, 934, 935) et une unique participation en prototype sur Rondeau en 1983, avec Vic Elford et Joël Gouhier (abandon).

 

Odette Siko, 90 ans plus tard…

Année de la 90e édition des 24 Heures du Mans, 2022 marque également un 90e anniversaire majeur de leur histoire : celui du meilleur classement d’une pilote au général. En 1932, pour son troisième et avant-dernier départ sarthois, Odette Siko termine quatrième au volant de son Alfa Romeo 8C personnelle, associée à Louis Charavel. Deux ans plus tôt, elle avait constitué avec Marguerite Mareuse le premier équipage féminin de l’histoire des 24 Heures, avec à l’arrivée la septième place sur Bugatti Type 40.

La fée de Morgan

En 1938, la première participation du constructeur britannique Morgan aux 24 Heures du Mans s’est concrétisé à l’initiative de Marjorie Fawcett, qui termine treizième en compagnie de Geoffrey White. L’année suivante, elle engage à nouveau sa Morgan 4-4 pour un équipage cette fois masculin, avec à nouveau Geoffrey White, quinzième à l’arrivée en compagnie de Cuthbert Marc Anthony.

Michèle Mouton, une participation, une victoire

Engagée aux 24 Heures 1975 sur un prototype Moynet propulsé par un moteur Simca-ROC 4 cylindres en ligne 2 litres, Michèle Mouton termine 21e du général et remporte sa catégorie au sein d’un trio entièrement féminin, avec Christine Dacremont et Marianne Hoepfner. Après avoir été la première (et toujours seule à ce jour) femme victorieuse en Championnat du monde des Rallyes, Michèle Mouton est revenue au Mans en 2010 en tant que présidente de Women in Motorsport, commission dédiée à la place des femmes en sport automobile et créée par Jean Todt, qui venait d’être élu pour le premier de ses trois mandats à la présidence de la FIA. En 2010, un équipage féminin était au départ sur Ford GT, constitué de Cyndie Allemann, Rahel Frey et Natacha Gachnang (abandon).

1975, huit dames au départ

Outre la victoire de catégorie de Christine Dacrement/Marianne Hoepfner/Michèle Mouton mentionnée plus haut, deux autres équipages féminins était au départ de cette 43e édition. Le meilleur classement au général est l’œuvre d’Yvette Fontaine, Corinne Tarnaud et Anny-Charlotte Verney, onzièmes sur Porsche 911 Carrera RS. Malgré leur abandon sur prototype Renault-Alpine A441 2 litres, la Française Marie-Claude Beaumont et l’Italienne Lella Lombardi ont été les pionnières de la future offensive du constructeur français, qui aboutira en 1978 à la victoire de Jean-Pierre Jaussaud et Didier Pironi.

Lyn St James, des 24 Heures à Indianapolis

L’Américaine Lyn St James compte deux participations aux 24 Heures du Mans sur un prototype Spice-Ford. D’abord associée à Ray Bellm et Gordon Spice en 1989, elle constitue en 1991 un équipage féminin avec la Française Cathy Muller et la Sud-Africaine Desiré Wilson, mais ces deux participations s’achèvent sur deux abandons. Le 24 mai 1992, Lyn St James entre dans l’histoire en devenant la première femme à avoir disputé les 500 miles d’Indianapolis et les 24 Heures du Mans, les deux courses les plus anciennes du sport automobile en circuit en termes d’éditions disputées. En sept départs aux 500 miles jusqu’en 2000, elle signe son meilleur résultat en 1992, avec la onzième place.

Leena Gade, « l’ingénieure en chef »

Les 24 Heures du Mans 2011 ont été exceptionnelles par l’intensité de la lutte en tête, qui a opposé le dimanche la Peugeot 908 de Sébastien Bourdais/Pedro Lamy/Simon Pagenaud à l’Audi R18 TDI des vainqueurs Marcel Fässler/André Lotterer/Benoît Tréluyer. Pour la circonstance, Leena Gade devient la première femme victorieuse aux 24 Heures du Mans en tant que cheffe de voiture. Deux autres victoires suivront pour l’ingénieure britannique et son trio de pilotes, en 2012 et 2014.

De la Porsche Cup aux 24 Heures

Sa victoire lors de la course Porsche Sprint Cup Challenge France disputée le samedi en lever de rideau des 24 Heures 2021 vaut à Lilou Wadoux de participer trois mois plus tard au Rookie Test organisé dans le cadre des 8 Heures de Bahreïn, manche de clôture du Championnat du monde d’Endurance FIA. Titularisée chez Richard Mille Racing Team pour la saison 2022, elle dispute ses premières 24 Heures au sein de l’un des équipages les plus médiatisés de cette 90e édition, de par la présence de Sébastien Ogier. Avec l’octuple champion du monde des rallyes et Charles Milesi, elle termine neuvième de la catégorie LMP2 (13e du général).

Les dames des années 2020

Depuis 2019, huit femmes ont pris le départ des 24 Heures du Mans : Sarah Bovy, Tatiana Calderon, Sophia Floersch, Rahel Frey, Michelle Gatting, Manuela Gostner, Beitske Visser et Lilou Wadoux. Elles signent plusieurs top 10 dans leur catégorie respective : 9e en LMGTE Am en 2019 (Frey/Gatting/Gostner), 9e en LMP2 (Calderon/Floersch/Visser) et en LMGTE Am (Frey/Gatting/Gostner) en 2020, 9e en 2021 (Bovy/Frey/Gatting). En 2022, outre la neuvième place en LMP2 de Lilou Wadoux mentionnée par ailleurs, Sophia Floersch termine cinquième de la catégorie LMP2 Pro/Am, associée à Jack Aitken et John Falb. Vingt-cinquième du général, la jeune Allemande a été retardée dès le premier tour de course par un souci de capteur de boîte de vitesses qui lui coûte d’emblée six tours de retard.

Elles ont donné le départ…

Trois dames ont abaissé le drapeau français pour lancer les 24 Heures du Mans : Hélène Blanc (préfet de la Sarthe) en 1991, Joan Hall (ministre du Tourisme d’Australie) en 1999 et SAS la Princesse Charlene de Monaco en 2019.

PHOTOS (D.R. / ARCHIVES ACO) : LE MANS (SARTHE, FRANCE), 24 HEURES DU MANS - De haut en bas : Michelle Gatting, Rahel Frey et Sarah Bovy (de gauche à droite) à la Parade des Pilotes en 2022 ; la Porsche 935 K3 au volant de laquelle Anny-Charlotte Vernay a terminé sixième en 1981 ; Odette Siko à l'arrivée des 24 Heures 1932, Marjorie Fawcett et son coéquipier Geoffrey White en 1938 ; Leena Gade portée en triomphe par l'équipe Audi en 2011 ; Lilou Wadoux au volant de l'Oreca de Richard Mille Racing Team en 2022 ; Sophia Floersch à la Parade des Pilotes des 24 Heures 2022 entourée de ses coéquipiers Jack Aitken (à gauche) et John Falb ; SAS la Princesse Charlene de Monaco donne le départ des 24 Heures 2019.