Cyrille Taesch-Wahlen : "l'Asian Le Mans Series profite d'une spécificité unique"
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Cyrille Taesch-Wahlen : "l'Asian Le Mans Series profite d'une spécificité unique"

Pour l'ouverture de la saison Asian Le Mans Series 2018-2019 à Shanghai, son Directeur Général Cyrille Taesch-Wahlen fait le point sur une série qui a su trouver une place singulière dans la pyramide de l'endurance sur la carte mondiale du sport automobile.

L'Asian Le Mans Series, c'est une très subtile équation entre trois facteurs : l'histoire des 24 Heures du Mans, leur pouvoir de séduction, ainsi que les disparités du développement et de la culture du sport automobile sur le continent asiatique.

Mais au fil des cinq dernières saisons, les correspondances se multiplient, entre les équipes titrées en Asian Le Mans Series bénéficiant d'une invitation automatique pour les 24 Heures du Mans, et celles venues du monde entier, de plus en plus nombreuses à faire le voyage hivernal en Asie.

Pouvez-vous résumer l'évolution de l'Asian Le Mans Series depuis que vous en avez pris la direction ?

Cyrille Taesch-Wahlen : "Quatre ans après la décision de l’ACO de reprendre en mains la série on peut dire que du chemin a été parcouru. La première et plus importante des décisions a été de confirmer un calendrier inversé nous permettant ainsi ‘d’exister’ d’un point de vue calendaire et rendre la série accessible pour des équipes déjà engagées durant le printemps et l’été dans des programmes tant en Asie qu’en Europe. Nous avions dès lors un espace quasiment vierge d’autres épreuves et pouvions donc entamer la phase de reconstruction. Il a fallu très rapidement redonner confiance aux équipes et pilotes. La marque Le Mans est très forte et l’implication de l’ACO a largement crédibilisé la démarche.  Nous avons alors créé un environnement certes très amical et accueillant mais encadré par la rigueur de nos règlements et de notre organisation, tout en préparant les rapides évolutions que nous devions apporter. Passer de 3 à 4 heures de course, offrir une retransmission en direct, renforcer la fonction tremplin vers les 24 Heures du Mans en proposant non plus trois mais quatre invitations aux 24 Heures du Mans. Pour résumer, la série a pris une vraie ampleur, figure clairement identifiée sur la carte du sport automobile mondial, est de mieux en mieux diffusée et contribue pleinement au développement de l’Endurance by ACO sur le contient. Mais il reste tant à faire…"

Comment l'Asian Le Mans Series communique-t-elle sur les 24 Heures du Mans et leur histoire dans le cadre de ce développement sur le continent asiatique ?

"Cela se fait de façon assez variée et complémentaire. L’an dernier par exemple nous avons organisé à Fuji une projection du film des 24 Heures du Mans 2017 pour nos équipes. Nous envisageons de refaire la même chose cette année. En Chine, nous avons un programme TV dédié (Asian Le Mans Talk diffusé sur Tencent) qui parle de la série et des liens avec les 24 Heures. N’oublions pas que beaucoup connaissent déjà les 24 Heures du Mans et sa renommée. La vraie prochaine étape cruciale pour nous maintenant est de toucher un public plus large encore. Et n’oublions pas que nos meilleurs prescripteurs sont les écuries et pilotes asiatiques qui ont participé à l’épreuve ainsi que nos invités plus nombreux chaque année (y compris des représentants de circuits) qui viennent découvrir Le Mans pour la première fois et vivre une expérience hors du commun.  Personne ne s’attend vraiment la première fois à ce que cela soit aussi fort, grandiose et émotionnel…"

De quelle manière la performance de Jackie Chan DC Racing aux 24 Heures du Mans 2017 a-t-elle rejailli sur l'Asian Le Mans Series ?

"De manière bien évidement positive car elle a contribué à faire connaitre encore mieux cette épreuve mythique et la plateforme continentale de l’ACO en Asie. Mais il est important de rappeler que c’est grâce à l’existence de l’Asian Le Mans Series qu’un équipe comme celle de David Cheng a pu démarrer en Endurance en Asie et connaitre le succès que l’on sait tant en Asie, qu’aux 24 Heures du Mans et en Championnat du Monde d'Endurance. De façon plus générale c’est l’importance de notre activité sur les réseaux sociaux chinois durant toute l’année et notre diffusion de la série en streaming (25 réseaux pour l’épreuve de Shanghai ce weekend) qui entretient la promotion de notre marque et de qui nous sommes."

Ces derniers temps, on constate en Asian Le Mans Series l'arrivée d'écuries en provenance de l'European Le Mans Series, avec notamment pour cette saison 2018-2019 United Autosports et Panis Barthez Compétition. Qu'en est-il selon vous du pouvoir de séduction de l'Asian Le Mans Series auprès des équipes de la scène internationale de l'endurance ?

"La présence de teams européens en Asian Le Mans Series ne date pas d’hier, tant en prototypes qu’en GT. La présence accrue de teams européens pour la saison 2018-2019 repose sur la combinaison de deux facteurs positifs. Un calendrier plus attractif encore (de meilleures dates réparties sur 4 circuits disposant du Grade 1 de la FIA, ndlr) mais aussi le fait que ces équipes suivent un mouvement initiés par d’autres avant elles, tout cela dans le cadre d’un championnat désormais très relevé et médiatisé. L’attractivité de la série repose aujourd’hui sur la possibilité de rouler l’hiver au bout du monde sur des circuits de classe internationale dans un championnat compétitif et respecté qui permet aux équipes de rester actives presque toute l’année dans l’environnement des championnats ACO."

Selon vous, quelle peut être l'influence de l'Asian Le Mans Series sur le développement du sport automobile en Asie d'une manière plus générale ? 

"Il faut garder beaucoup d’humilité par rapport à cela. A l’exception du japon dont le sport automobile est très développé depuis des décennies et qui connait très bien et adore les 24 Heures du Mans, tous les autres pays dans lesquels nous évoluons ont des degrés de développement du sport très divers mais tous en progression. Les championnats nationaux se renforcent beaucoup. En Thaïlande par exemple les grilles sont de plus en plus fournies. En Chine nous assistons à une multiplication des championnats. Endurance, sprint, proto, GT, Touring car, formules qui va de pair avec l’arrivée de nouveaux circuits. Dans ce paysage protéiforme dont le marché est très volatile et loin d’être mature nous devons trouver notre place et surtout garder le cap. Nous profitons d’une spécificité unique : L’Endurance by ACO (combinant prototypes Le Mans et GT), notre place dans la pyramide de l’ACO et le tremplin vers Le Mans. Celle-ci nous permet de proposer quelque chose de différent, de qualité et d’unique dans la région. Alors si nous pouvons avoir de l’influence aujourd’hui, il est certain que nous devons en avoir pour le futur proche."

Photos (D.R. / Asian Le Mans Series) - En haut, Thomas Laurent, Harrison Newey et Stéphane Richelmi (de gauche à droite), titrés en LMP2 en Asian Le Mans Series 2017-2018, à l'issue de la dernière course de cette saison à Sepang. Dans la galerie ci-dessous (de gauche à droite), Cyrille Taesch-Wahlen, Directeur Général de l'Asian Le Mans Series, les voitures en piste sur le circuit thaïlandais de Buriram, et Arj Kulasegaram, Team Manager de l'équipe Clearwater Racing, concurrente du Championnat du Monde d'Endurance après avoir été titrée en Asian Le Mans Series.

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