L’intelligence artificielle déjà indispensable pour gagner les 24 Heures du Mans ?
Claude, ChatGPT, Gemini ou encore Mistral, de manière souvent discrète, l’intelligence artificielle s’impose. Partout. Tout le temps. Les concurrents engagés dans cette 94e édition des 24 Heures du Mans ne peuvent déjà plus se passer des capacités stupéfiantes de cet outil.
C’est le couteau suisse des temps modernes. Comme une version infinie du célèbre outil à tout faire helvète, l’intelligence artificielle est en train de bouleverser le début du XXIe siècle par un développement accéléré et généralisé. On ne peut déjà plus s’en passer.
La Genesis GMR-001 est l’unique nouveauté de l’année dans la catégorie Hypercar. Quelle part a pris l’intelligence artificielle dans la conception de cette nouvelle voiture de course, plutôt 5 % ou 50 % ? Une petite part, d’après François-Xavier Demaison, le directeur technique de l’équipe coréenne : « C’est encore difficile à appliquer à l’aérodynamique, au niveau où est aujourd’hui l’endurance, mais cela fait partie des éléments à développer, un axe qu’on va devoir travailler. […] On l’utilise en rallye, on va forcément l’utiliser ici. » Le Français se montre évasif quant aux freins à l’utilisation de l’IA. En effet, pour faire analyser des données par un moteur d’intelligence artificielle, il faut les lui confier. Il y a là un enjeu de confidentialité qui, dans l’état actuel des choses, semble être un vrai point de blocage pour certaines équipes engagées aux 24 Heures du Mans. Ingénieur de piste de l’Oreca 07 #14 TDS Racing en catégorie LMP2, Arthur Trouttet concède ainsi : « On ne s’en sert pas assez, pour être honnête, mais on s’y met. Pour l’instant, on n’a pas dans notre équipe quelque chose qui est en lien direct avec l’IA. Mais on s’en sert dans la phase de préparation. »
"Aujourd’hui, on n’a pas encore trouvé l’IA qui va nous dessiner une voiture, mais on va y travailler."
François-Xavier Demaison, directeur technique Genesis Magma Racing
Cinq fois vainqueure des 24 Heures du Mans, l’équipe Toyota Racing est autonome dans le domaine, nous confie David Floury, directeur technique de Toyota Racing : « On utilise différentes plateformes qui existent, mais on a également la compétence en interne et un département entier dédié à l’intelligence artificielle. Depuis quatre ou cinq ans, le développement est exponentiel. En premier lieu, on s’en sert pour la transcription en direct des réunions qui, chez nous, sont multilingues. C’est capital, parce que Toyota Racing est très multiculturelle et que nous faisons des meetings entre le Japon, l’Europe, et avec les différentes entités de Toyota dans le monde. C’est un premier aspect, mais sur les aspects techniques, on voit aussi une évolution très rapide. »
Des quantités de données à analyser ? L'IA est là pour vous soulager de cette lourde tâche !
DOMINIQUE BREUGNOT (ACO)
L’intelligence artificielle sera-t-elle capable de concevoir une Hypercar de A à Z ? Sans aucun doute. Mais quand ?
« On n’a pas encore essayé, donc je ne peux pas répondre à cette question. En revanche, je peux vous dire que, si on demande à des moteurs d’intelligence artificielle d’analyser un règlement, ils ont une capacité de synthèse et d’analyse des éléments de règlementation – sportive comme technique – qui est assez surprenante. On n’en est pas encore à concevoir une voiture en utilisant uniquement l’intelligence artificielle, mais je pense que l’hypothèse que cela arrive dans le futur n’est pas irréaliste. » À quel point la nouvelle Toyota TR010 Hybrid bénéficie-t-elle des possibilités offertes par l’intelligence artificielle ? On ne le saura pas, mais une chose est certaine, c’est que toutes les voitures de course en contiennent une dose.
Une fois la voiture sur la piste, l’IA se montre encore indispensable. « Elle nous sert à analyser rapidement un volume de données important. Ce n’est pas encore un outil de prise de décision à 100 % ; par contre, c’est un élément qui aide à la stratégie, à la tactique, en termes de capacité d’analyse. »
Alors à quoi faut-il s’attendre dans les années à venir ? « À tous niveaux, que ce soit dans la conception, le développement de la voiture, l’exploitation ou la stratégie, cela va continuer à s’accélérer et devenir de plus en plus prégnant, partout, dans tous les domaines », conclut David Floury pour l’équipe Toyota Racing.
L'IA est déjà un facteur de développement bien réel. La preuve? Le secret qui entoure son utilisation.
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