24 Heures Stories : Odette Siko, un top 5 pour la « première dame » des 24 Heures du Mans
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24 Heures Stories : Odette Siko, un top 5 pour la « première dame » des 24 Heures du Mans

Au fil de ce mois de décembre, voici un calendrier de l’avent très spécial, dédié à des histoires et anecdotes insolites de la légende des 24 Heures du Mans. Pour ce 2 décembre, retour dans ces « années folles » qui ont vu la naissance de la course et les exploits de la pionnière des 24 Heures au féminin : Odette Siko.

Née Odette Séguin le 14 juillet (jour de fête nationale, qui plus est) 1899, Odette Siko constitue en 1930 et avec Marguerite Mareuse le premier équipage féminin de l’histoire des 24 Heures, avec à l’arrivée une septième place sur Bugatti Type 40 à l’issue de cette première participation.

Un top 5 aux 24 Heures

Aux 24 Heures 1932, elle engage son Alfa Romeo 6C personnelle, dont elle partage cette fois le volant avec Louis Charavel. Le duo termine quatrième du clasement général et vainqueur de la catégorie 2 litres. En 1933, au volant de cette même voiture, elle est accidentée mais ne souffre que de légères brûlures aux jambes.

Si 1933 marque sa dernière apparition aux 24 Heures du Mans, la quatrième place d’Odette Siko en 1932 est encore aujourd’hui le meilleur résultat d’une pilote féminine dans la Sarthe. Sa carrière se poursuit du côté du rallye. Elle est également en 1937 leader d’un quatuor de femmes pilotes qui établit 25 records du monde dans le cadre d’essais de vitesses, menés sur le circuit de Montlhéry pour le compte des lubrifiants moteur Yacco. La Deuxième Guerre mondiale met malheureusement fin à ce beau parcours.

Une dame de son époque

Les exploits d’Odette Siko en sport automobile sont aussi symptomatiques de leur temps : celui d’une certaine émancipation féminine pendant les « années folles ». Un contexte né pendant la Première Guerre mondiale où, suite à la pénurie de main d’œuvre provoquée par le départ des hommes sur le front, les femmes exercent des métiers à l’époque traditionnellement masculins.

Ainsi, parallèlement aux débuts d’Odette Siko en compétition à la fin des années 1920, les femmes obtiennent le droit de vote aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, respectivement en 1919 et 1928. Dans le monde des arts, Isadora Duncan révolutionne la danse, la ceinture de bananes d’une Joséphine Baker dénudée suscite autant l’admiration que le scandale… Et la coiffure au carré de la comédienne Louise Brooks dans le film Loulou (1929) inspirera par la suite bien d’autres actrices, les cheveux courts devenant même un symbole de l’émancipation féminine des années 1920 et 1930.

Fait alors peu courant dans la bourgeoisie, Odette Siko est elle-même une femme divorcée de son premier mari, l’industriel Robert Coville (avec qui elle pratiqua le tennis à haut niveau), et épouse en seconde noces Dimitri de Zassetski, fils d’un diplomate russe installé en France.

Les héritières d’Odette Siko

Au fil de ses trois mandatures à la présidence de la FIA depuis 2009, Jean Todt a fait du développement du sport automobile au féminin l’une de ses priorités, avec la création de la commission Women in Motorsport, dont l’une des premières conférences de presse avait eu pour cadre les 24 Heures du Mans 2010. Ces dernières années, l’endurance a véritablement été à la pointe de cette évolution.

Il y a exactement dix ans, Leena Gade devenait la première femme ingénieur victorieuse aux 24 Heures, avec ses pilotes Marcel Fässler, André Lotterer et Benoît Tréluyer. En 2021, deux équipages féminins étaient au départ avec Richard Mille Racing Team (catégorie LMP2) et les « Iron Dames » de l’écurie Iron Lynx (catégorie LMGTE Am). Et le 24 octobre dernier, Sophia Floersch a signé sur l’Autodromo Internacional do Algarve le premier podium au général d’une femme pilote dans une course European Le Mans Series. En cette période de plein renouveau, l’héritage d’Odette Siko ne va sans aucun doute pas manquer de nouveaux chapitres passionnants pour la gloire du sport automobile au féminin.

 

PHOTOS (D.R. / ARCHIVES ACO) : LE MANS (SARTHE, FRANCE), CIRCUIT DES 24 HEURES, 24 HEURES DU MANS 1932 & 1931 - En haut, Odette Siko au volant de son Alfa Romeo célèbre sa quatrième place après l'arrivée de la course. Ci-dessus, la Bugatti Type 40 d'Odette Siko et Marguerite Mareuse, premier équipage 100 % féminin de l'histoire des 24 Heures.