Le Mans 1977 - Alpine-Renault souffre, mais apprend
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Le Mans 1977 - Alpine-Renault souffre, mais apprend

La deuxi

 

Le Mans 1977 - Alpine-Renault souffre, mais apprend.

 

Photo : Archives ACO

 

Vous connaissez ce moment. Il est unique et véritablement magique. Ce moment, c’est l’arrivée des voitures de course sur la grille de départ des 24 Heures du Mans, un samedi de juin, peu après midi. Ce défilé, au plus près des spectateurs, marque le point d’orgue de la procédure de départ des 24 Heures du Mans. En complément des différentes animations, l’arrivée des voitures « à la poussette » contribue à faire monter la pression qui règne sur le circuit.

Nostalgique pour certains, « vintage » pour d’autres, cette photographie ne peut mentir sur son époque. Lunettes d’aviateurs, pantalons « pattes d'éléphant », rouflaquettes, l’ambiance est bien celle des années 70 ! Devant une foule aussi dense qu’impatiente, les mécaniciens de l’Alpine-Renault A442 n°7 vivent leur moment de gloire. Tels de valeureux et fiers représentants de la régie, cette parade leur offre un instant bien particulier de partage et de communion avec les spectateurs, imités par leurs collègues en charge de l’auto n°9.

Non visibles sur la photo, les pilotes Patrick Tambay, Jean-Pierre Jaussaud, Patrick Depailler et Jacques Laffite vont également se mêler à leurs anges gardiens pour saluer les supporters, avant que les V6 Turbo ne donnent de la voix. C’est dans cette atmosphère relativement cotonneuse que les voitures prennent ainsi place les unes après les autres, sous les acclamations du public qui n’attend finalement qu’une seule chose : le départ de cette 45e édition des 24 Heures du Mans. Une édition difficile pour l’équipe Renault-Sport. Difficile certes, mais incontestablement constructive.

Après une première prise de température en 1976 et l’engagement d’une seule Alpine pour Jean-Pierre Jabouille, Patrick Tambay et José Dolhem, la régie Renault met des moyens techniques et financiers bien plus importants en cette année 1977. Face à la délégation officielle de l’équipe Porsche-Martini, qui aligne deux 936 (Ickx/Pescarolo – Barth/Haywood) et une 935 (Stommelen/Schurti), les hommes de Gérard Larrousse se mobilisent. Le constructeur français achemine dans la Sarthe trois modèles A442 pour les équipages Jabouille/Bell, Laffite/Depailler et Tambay/Jaussaud, une rébellion renforcée par la présence d’une quatrième voiture présentée sous la bannière de Jacky Haran et Hughes de Chaunac, pour le trio Arnoux/Pironi/Fréquelin. Courues dans de mauvaises conditions météorologiques, notamment le mercredi, les qualifications donnent le ton ! Les quatre prototypes tricolores occupent les cinq premières places de la grille de départ, encadrant la Porsche 936 n°3. Plus que sur le papier, les Françaises sont sans conteste plus rapides que les Allemandes...

Pourtant, le bilan de cette seconde tentative est âpre pour les pilotes, mécaniciens, ingénieurs et dirigeants d’Alpine-Renault. Tel un signe avant-coureur, Didier Pironi immobilise sa voiture dans le premier tour de course, entre les virages de Mulsanne et d’Indianapolis alors que son moteur prend subitement feu suite à une fuite d’huile. C’est la douche froide dans le clan tricolore. Un clan qui reste malgré tout soudé et déterminé dans l’effort. Confiants à l’entame d’une nuit mancelle froide et pluvieuse, les équipages des A442 n°9 et n°8 mènent la course face à une équipe Porsche accablée par les problèmes mécaniques.

A 4 heures du matin, les événements s’accélèrent pour la régie : la n°8 de Laffite/Depailler s’immobilise à son stand pour refaire la pignonerie de sa boîte de vitesses tandis que Patrick Tambay abandonne sa machine à la sortie du virage d’Indianapolis, V6 Turbo cassé. Pour le constructeur de Boulogne-Billancourt, les derniers espoirs de succès s’envolent dans le ciel manceau lorsque Jean-Pierre Jabouille ramène péniblement l’A442 n°9, précédée d’un panache de fumée préoccupant. A tel point que cette fumée sera l’ultime signe de vitalité d’un V6 fatigué par son sprint. L’abandon de la dernière Alpine-Renault est alors officialisé tandis que Jürgen Barth, Hurley Haywood et un héroïque Jacky Ickx prennent la tête de la course. En 1978, la confrontation entre Porsche et Renault atteindra son paroxysme avec quatre voitures officielles engagées de part et d’autre. Ceci est une autre histoire...

Pierre-Yves Riom / ACO